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Horizons du 12 novembre 2007

MALGRÉ LA RUDESSE DE LEURS CONDITIONS DE VIE

Les Beni Yala pétrissent leur destin

 

A l’heure des élections locales et pendant que toutes les discussions tournent autour de la chose politique et des candidats des partis dans les grandes villes, les habitants de Harbil (W. Sétif), une commune nichée sur les cimes des montagnes des Beni Yala à 1400 mètres d’altitude, n’ont d’intérêt que pour leur vie quotidienne.

Comment faire sortir la région de l’enclavement, apporter l’eau et l’électricité dans les foyers, aider les élèves à passer un hiver au chaud dans les classes, assurer le transport scolaire et la cantine, approvisionner les familles en gaz butane, prendre en charge les femmes qui accouchent dans le village, assurer un emploi aux détenteurs d’un diplôme ou d’une qualification professionnelle. Telles sont les principales préoccupations des citoyens.
Cette région, qui a vu naître de glorieux martyrs et des moudjahidine comme Malika Gaïd, native de Timengache, dont la maison des parents érigée en poste de commandement régional par Amirouche, est restée à la traîne du développement économique et social. N’était la débrouillardise des sages du village qui ont pris à bras le corps les problèmes des citoyens, cette localité au relief accidenté et au climat très froid en hiver aurait été invivable. D’ailleurs, beaucoup d’habitants ont quitté la région.
Arezki Kahal (premier martyr), M’hamed Bouguerra, Debbih Cherif, Issaad Abdelkader, Makhlouf Zenati, Maachi Abdelmadjid, Ouahil Nadia, Barouche Salah, Belaroussi Issad, Tahi Mohand Ouali et tant d’autres hommes et femmes tombés au champ d’honneur auraient aimé voir leur région sortir de l’enclavement et regrouper ses enfants au lieu de les laisser quitter les maisons de leurs grands-parents en quête d’emplois.
Lorsqu’ils partent pour aller étudier ou travailler, ils ne reviennent que pour passer les vacances et le congé annuel. Seuls les plus nostalgiques y reviennent régulièrement. « Les émigrants des Béni Yala sont concentrés à Alger et dans les grandes villes, ou partis à l’étranger, en France particulièrement », observe Samir, un jeune du village habitant Alger.

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UN SITE FÉERIQUE

Les Béni Yala sont répartis sur la daïra de Guenzet qui compte 7500 habitants pour ses deux communes : Harbil et Guenzet. Le territoire de la daïra est constitué de nombreux villages épars. Pour se rendre à chaque agglomération, il faut prendre les routes sinueuses, une nature autant majestueuse que fantastique. Il fait un froid glacial en ce début novembre. Une couche compacte de brume recouvre les cimes des montagnes. En ce début de vacances scolaires, beaucoup de familles originaires de la région sont venues d’Alger et d’ailleurs pour se requinquer, l’espace d’une semaine. Cette région touristique par excellence où il fait bon vivre en été, est restée intacte. Le site, une fois n’est pas coutume, est resté propre et verdoyant. Aucun projet touristique, cependant, n’est envisagé dans la région. «Parfois, on organise des marathons auxquels participent des étrangers, sinon rien d’autres», indique Akli.

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TIGUERT N’DRAR, UN VILLAGE QUI SE PREND EN CHARGE
Hadj Abdelkader Ferkoul, 80 ans, est toujours attaché à son village. Pourtant, il a passé sept longues années en France. Il vit actuellement entre Alger et Tiguert N’drar. Encore debout, il a tenu à ce que le bureau de l’association de sauvegarde du village de Tiguert N’drar soit entre de bonnes mains. C’est lui qui a créé l’association en 2004 et, en l’espace de trois ans, celle-ci a réalisé deux forages dont l’un n’a pas réussi en raison du manque d’eau. Le second, qui a coûté 140 millions de centimes, a ramené l’eau courante qui coule dans les robinets H/24. Cette association a également réalisé le réseau d’assainissement et illuminé le village par l’éclairage public.
Grâce aux cotisations de ses adhérents, dons et autres sponsors, elle effectue des projets d’intérêt public par ordre de priorité, selon les préoccupations des citoyens. Elle a ainsi bénéficié de 700 millions de centimes qui l’ont aidé à mettre sur les rails beaucoup de projets. Pour approvisionner les ménages en gaz butane, une convention a été signée avec un fournisseur qui alimente la région constamment.
« Le gaz butane n’a jamais manqué. Nous avons toujours un stock au niveau de la mosquée du village et les familles peuvent s’alimenter régulièrement », atteste Mohamed Tahar Ferkoul, retraité. Le gaz naturel est arrivé aux deux extrémités de la région des Béni Yala, en l’occurrence Boufarroudj et Bordj Zemmoura. La faiblesse du raccordement au gaz de ville pose problème à la population. «Parfois, on reste coupés du monde pendant des jours en raison du verglas», atteste Mohamed Tahar Ferkoul, retraité. Mais ici la solidarité est un sacerdoce, un devoir. La preuve, lorsque les membres de l’association de sauvegarde du village de Tiguert N’drar ont voulu reconduire Hadj Abdelkader Ferkoul à la tête de l’association, lors de l’assemblée générale organisée le 1er novembre 2007, à la mosquée du village, il a refusé. Il a tenu à ce que d’autres personnes, plus jeunes, dirigent l’association. Au final, tout le monde a poussé un ouf de soulagement après l’élection d’un bureau qui, aux yeux de la population, est digne de confiance. Bravant la pluie et le froid, Nacéra, médecin spécialiste, Dalila, Merbouha, M’barka et d’autres femmes du village sont sorties de chez elles pour féliciter le nouveau bureau dès son élection. La solidarité sociale, l’entraide, la vie communautaire est à inscrire dans le livre d’or des Béni Yala et particulièrement des villageois de Tiguert N’drar. D’ailleurs, beaucoup de familles ayant quitté la région comptent y retourner grâce au travail accompli par l’association.
En dépit de la rigueur des conditions naturelles, les gens sont restées dignes. « A Tiguert et dans tous les autres villages, tout le monde mange à sa faim. Les habitants ont leur propriété et vivent de leur terre. Ils ont des jardins où ils cultivent la grenade, la vigne, la figue et l’olive », précise Hocine Hadj Sabri, élu local RND pendant 3 mandats. L’agriculture est la principale ressource des habitants. « Néanmoins, l’olivier n’a pas été productif ces deux dernières années. D’habitude, un arbre produit 50 kg alors que cette année, il n’a pas dépassé 2 à 3 kg », souligne Samir. Il faut savoir que l’huile d’olive dans cette région est de très bonne qualité. « Cette année, elle est vendue à 350 DA et il faut la trouver parce qu’elle n’est pas disponible en quantité suffisante », avoue Merbouha.

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HARBIL, UNE COMMUNE SANS RESSOURCES
La commune de Harbil est pauvre. Elle n’a pas de rentrées d’argent. Alors les 500 âmes qui peuplent les 14 hameaux qui composent la commune de Harbil vivent généralement de leurs terres qui produisent la figue, le raisin, l’olive et la grenade. Il faut aller dans la région de Bougaâ pour trouver les terres les plus fertiles où l’on cultive le blé et tous les autres produits maraîchers. « Mes grands-parents louaient des terres ici pour faire de l’agriculture », se souvient Samir.
Pour les projets de l’année 2007, Harbil a bénéficié de 2,5 milliards de centimes pour réaliser les projets du secteur de l’hydraulique et de 700 millions pour les projets de travaux publics dans le cadre du programme communal de développement. Un forage est en cours de réalisation à Guert, une localité qui manque encore d’électrification. « C’est une région montagneuse qui reste à développer », soupire Fodil Mechkour, vice-président de l’APC. L’enveloppe financière allouée à l’APC durant l’année 2007, a été consacrée, selon lui, à la rénovation des routes, la réalisation et la réhabilitation des canalisations d’eau potable du village Kordjana et Laâzib. Malgré cette pauvreté, aucun foyer ne badine avec la scolarité de ses enfants. Dans cette région tous les enfants vont à l’école. Et même si les habitations sont éparses, le ramassage scolaire est assuré pour tous les niveaux de l’enseignement, d’après le vice-président. Chose que les habitants confirment. « Deux bus nous ont été octroyés en 2002 et 2003, par le ministère de la Solidarité nationale », précise M Mechkour.
Selon lui, le programme de développement de la commune pour 2007 a été réalisé à 75%. Le chauffage des classes est assuré avec du mazout étant donné que le gaz de ville n’est pas encore arrivé dans cette région montagneuse. Une école de deux classes est fermée à Tiguert N’drar « parce qu’il n’y a plus d’élèves. La plupart des familles ont quitté la localité pendant les années du terrorisme et ne sont plus revenues », explique un citoyen. « Nous avons proposé que cette école se transforme en auberge de jeunes », affirme un représentant de l’APC. Mais, selon certaines personnes, la Direction de la culture préconise une maison de jeunes. A l’heure actuelle, cette école est utilisée pour célébrer les fêtes nationales.
A Guenzet, la prise en charge médicale laisse à désirer. L’unique polyclinique située au lieu-dit Dar El Hadj, est dépourvue de moyens. En outre, elle n’est ouverte que dans la journée, et le vendredi elle est carrément fermée. Alors quand il y a une urgence, le malade est transporté vers l’hôpital de Bougaâ à 27 km de là. « Nous avons demandé l’ouverture d’un service d’urgence et la disponibilité d’un médecin d’astreinte », indique M. Mechkour.

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LE CHÔMAGE, L’AUTRE VERSANT DE GUENZET
A Guenzet, on essaie de résoudre le problème du chômage par… l’exode rural. Tous les jeunes ont fui la région pour s’employer dans la maçonnerie et le commerce informel. Le seul complexe du fil à coudre de Boufarroudj, d’envergure nationale, qui employait près de 2000 ouvriers ne tourne actuellement qu’avec 500 personnes. Le rouleau compresseur des licenciements est passé par cette usine et a mis au chômage la majorité des travailleurs. L’usine de menuiserie, ébénisterie spécialisée dans le style berbère ouverte en 1974 à Dar El Hadj est, quant à elle, à l’abandon. « Il semblerait qu’elle ait été vendue à un privé », affirme un habitant. « Le tapis de Guergour aux motifs berbères, de renommée mondiale, qu’on exportait vers plusieurs pays a disparu avec l’usine qui était mal gérée », explique Mohamed.
Et comme un malheur n’arrive jamais seul le terrorisme a endeuillé la région. A la lisière de la commune de Harbil, exactement dans la région de Bougaâ, au lieu-dit Oued Romana, les maisons et les fermes désertées par leurs propriétaires sont toujours inoccupées. A Boumakhlouf, des gardes communaux sont présents, contrairement à d’autres villages. « Ici, 5 gendarmes et un capitaine ont été tués », fait remarquer Mohamed, pour dire la vigilance toujours de rigueur dans ce village.

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BÉNI YALA OU LE BERCEAU DE L’ISLAMITÉ
Dans cette région berbère, tous les villages perchés sur les montagnes ont cette particularité : des minarets se dressent en leur milieu. Il n’y a aucun hameau sans sa mosquée. « A Guenzet, il existe 22 mosquées. C’est la région qui a alimenté Alger en imams en 1962. Chréa, à 2 km de Tiguert, est le berceau de l’islamité », aime à répéter Riadh Belaroussi, jeune universitaire.
Les écoles coraniques et les mosquées ont constitué un pôle pour l’enseignement des sciences de la religion. Elles ont fait émerger d’éminents exégètes. « L’illustre cheikh Abdelhamid Ben Badis est venu dans la région », aime-t-on à répéter.
Cette région est également connue par ses sages auxquels l’on fait appel pour trancher dans des différends d’ordre social, notamment. L’école Okkari d’enseignement coranique située au village Sidi El Djoudi, a été construite il y a quatre siècles par cheikh Mohamed Akli Okkari. On y vient de M’sila, Djelfa, Boussaâda, Jijel, et bien d’autres régions, pour apprendre. L’école assure deux régimes : interne pour ceux qui viennent de loin et externe pour les filles et ceux qui habitent la localité. Les élèves sont totalement pris en charge en matière d’hébergement et de restauration et bénéficient même d’une bourse. Mohamed Arab, originaire de Timengache, est un enseignant qui a étudié pendant une année et demie dans cette école et ailleurs. Il est devenu, à son tour, enseignant dans cet établissement coranique. Tandis que l’école « El Qods » à Guenzet est ouverte aux enfants, nombreux à y étudier. Actuellement, un froid glacial enveloppe la région mais à l’intérieur des écoles, il fait bon grâce aux chauffages fonctionnant au mazout.

De notre envoyée spéciale : Djamila Chaouch.

 

Djamila Chaouch. Horizons du 12 novembre 2007

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