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MALGRÉ LA RUDESSE DE LEURS
CONDITIONS DE VIE
Les Beni Yala
pétrissent leur destin
A l’heure des élections locales et
pendant que toutes les discussions tournent autour de la chose
politique et des candidats des partis dans les grandes villes, les
habitants de Harbil (W. Sétif), une commune nichée sur les cimes des
montagnes des Beni Yala à 1400 mètres d’altitude, n’ont d’intérêt
que pour leur vie quotidienne.
Comment
faire sortir la région de l’enclavement, apporter l’eau et
l’électricité dans les foyers, aider les élèves à passer un hiver au
chaud dans les classes, assurer le transport scolaire et la cantine,
approvisionner les familles en gaz butane, prendre en charge les
femmes qui accouchent dans le village, assurer un emploi aux
détenteurs d’un diplôme ou d’une qualification professionnelle.
Telles sont les principales préoccupations des citoyens.
Cette région, qui a vu naître de glorieux martyrs et des
moudjahidine comme Malika Gaïd, native de Timengache, dont la maison
des parents érigée en poste de commandement régional par Amirouche,
est restée à la traîne du développement économique et social.
N’était la débrouillardise des sages du village qui ont pris à bras
le corps les problèmes des citoyens, cette localité au relief
accidenté et au climat très froid en hiver aurait été invivable.
D’ailleurs, beaucoup d’habitants ont quitté la région.
Arezki Kahal (premier martyr), M’hamed Bouguerra, Debbih Cherif,
Issaad Abdelkader, Makhlouf Zenati, Maachi Abdelmadjid, Ouahil
Nadia, Barouche Salah, Belaroussi Issad, Tahi Mohand Ouali et tant
d’autres hommes et femmes tombés au champ d’honneur auraient aimé
voir leur région sortir de l’enclavement et regrouper ses enfants au
lieu de les laisser quitter les maisons de leurs grands-parents en
quête d’emplois.
Lorsqu’ils partent pour aller étudier ou travailler, ils ne
reviennent que pour passer les vacances et le congé annuel. Seuls
les plus nostalgiques y reviennent régulièrement. « Les émigrants
des Béni Yala sont concentrés à Alger et dans les grandes villes, ou
partis à l’étranger, en France particulièrement », observe Samir, un
jeune du village habitant Alger.
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UN SITE FÉERIQUE
Les Béni Yala sont répartis sur la daïra
de Guenzet qui compte 7500 habitants pour ses deux communes : Harbil
et Guenzet. Le territoire de la daïra est constitué de nombreux
villages épars. Pour se rendre à chaque agglomération, il faut
prendre les routes sinueuses, une nature autant majestueuse que
fantastique. Il fait un froid glacial en ce début novembre. Une
couche compacte de brume recouvre les cimes des montagnes. En ce
début de vacances scolaires, beaucoup de familles originaires de la
région sont venues d’Alger et d’ailleurs pour se requinquer,
l’espace d’une semaine. Cette région touristique par excellence où
il fait bon vivre en été, est restée intacte. Le site, une fois
n’est pas coutume, est resté propre et verdoyant. Aucun projet
touristique, cependant, n’est envisagé dans la région. «Parfois, on
organise des marathons auxquels participent des étrangers, sinon
rien d’autres», indique Akli.
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TIGUERT N’DRAR,
UN VILLAGE QUI SE PREND EN CHARGE
Hadj
Abdelkader Ferkoul, 80 ans, est toujours attaché à son village.
Pourtant, il a passé sept longues années en France. Il vit
actuellement entre Alger et Tiguert N’drar. Encore debout, il a tenu
à ce que le bureau de l’association de sauvegarde du village de
Tiguert N’drar soit entre de bonnes mains. C’est lui qui a créé
l’association en 2004 et, en l’espace de trois ans, celle-ci a
réalisé deux forages dont l’un n’a pas réussi en raison du manque
d’eau. Le second, qui a coûté 140 millions de centimes, a ramené
l’eau courante qui coule dans les robinets H/24. Cette association a
également réalisé le réseau d’assainissement et illuminé le village
par l’éclairage public.
Grâce aux cotisations de ses adhérents, dons et autres sponsors,
elle effectue des projets d’intérêt public par ordre de priorité,
selon les préoccupations des citoyens. Elle a ainsi bénéficié de 700
millions de centimes qui l’ont aidé à mettre sur les rails beaucoup
de projets. Pour approvisionner les ménages en gaz butane, une
convention a été signée avec un fournisseur qui alimente la région
constamment.
« Le gaz butane n’a jamais manqué. Nous avons toujours un stock au
niveau de la mosquée du village et les familles peuvent s’alimenter
régulièrement », atteste Mohamed Tahar Ferkoul, retraité. Le gaz
naturel est arrivé aux deux extrémités de la région des Béni Yala,
en l’occurrence Boufarroudj et Bordj Zemmoura. La faiblesse du
raccordement au gaz de ville pose problème à la population.
«Parfois, on reste coupés du monde pendant des jours en raison du
verglas», atteste Mohamed Tahar Ferkoul, retraité. Mais ici la
solidarité est un sacerdoce, un devoir. La preuve, lorsque les
membres de l’association de sauvegarde du village de Tiguert N’drar
ont voulu reconduire Hadj Abdelkader Ferkoul à la tête de
l’association, lors de l’assemblée générale organisée le 1er
novembre 2007, à la mosquée du village, il a refusé. Il a tenu à ce
que d’autres personnes, plus jeunes, dirigent l’association. Au
final, tout le monde a poussé un ouf de soulagement après l’élection
d’un bureau qui, aux yeux de la population, est digne de confiance.
Bravant la pluie et le froid, Nacéra, médecin spécialiste, Dalila,
Merbouha, M’barka et d’autres femmes du village sont sorties de chez
elles pour féliciter le nouveau bureau dès son élection. La
solidarité sociale, l’entraide, la vie communautaire est à inscrire
dans le livre d’or des Béni Yala et particulièrement des villageois
de Tiguert N’drar. D’ailleurs, beaucoup de familles ayant quitté la
région comptent y retourner grâce au travail accompli par
l’association.
En dépit de la rigueur des conditions naturelles, les gens sont
restées dignes. « A Tiguert et dans tous les autres villages, tout
le monde mange à sa faim. Les habitants ont leur propriété et vivent
de leur terre. Ils ont des jardins où ils cultivent la grenade, la
vigne, la figue et l’olive », précise Hocine Hadj Sabri, élu local
RND pendant 3 mandats. L’agriculture est la principale ressource des
habitants. « Néanmoins, l’olivier n’a pas été productif ces deux
dernières années. D’habitude, un arbre produit 50 kg alors que cette
année, il n’a pas dépassé 2 à 3 kg », souligne Samir. Il faut savoir
que l’huile d’olive dans cette région est de très bonne qualité. «
Cette année, elle est vendue à 350 DA et il faut la trouver parce
qu’elle n’est pas disponible en quantité suffisante », avoue
Merbouha.
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HARBIL, UNE
COMMUNE SANS RESSOURCES
La
commune de Harbil est pauvre. Elle n’a pas de rentrées d’argent.
Alors les 500 âmes qui peuplent les 14 hameaux qui composent la
commune de Harbil vivent généralement de leurs terres qui produisent
la figue, le raisin, l’olive et la grenade. Il faut aller dans la
région de Bougaâ pour trouver les terres les plus fertiles où l’on
cultive le blé et tous les autres produits maraîchers. « Mes
grands-parents louaient des terres ici pour faire de l’agriculture
», se souvient Samir.
Pour les projets de l’année 2007, Harbil a bénéficié de 2,5
milliards de centimes pour réaliser les projets du secteur de
l’hydraulique et de 700 millions pour les projets de travaux publics
dans le cadre du programme communal de développement. Un forage est
en cours de réalisation à Guert, une localité qui manque encore
d’électrification. « C’est une région montagneuse qui reste à
développer », soupire Fodil Mechkour, vice-président de l’APC.
L’enveloppe financière allouée à l’APC durant l’année 2007, a été
consacrée, selon lui, à la rénovation des routes, la réalisation et
la réhabilitation des canalisations d’eau potable du village
Kordjana et Laâzib. Malgré cette pauvreté, aucun foyer ne badine
avec la scolarité de ses enfants. Dans cette région tous les enfants
vont à l’école. Et même si les habitations sont éparses, le
ramassage scolaire est assuré pour tous les niveaux de
l’enseignement, d’après le vice-président. Chose que les habitants
confirment. « Deux bus nous ont été octroyés en 2002 et 2003, par le
ministère de la Solidarité nationale », précise M Mechkour.
Selon lui, le programme de développement de la commune pour 2007 a
été réalisé à 75%. Le chauffage des classes est assuré avec du
mazout étant donné que le gaz de ville n’est pas encore arrivé dans
cette région montagneuse. Une école de deux classes est fermée à
Tiguert N’drar « parce qu’il n’y a plus d’élèves. La plupart des
familles ont quitté la localité pendant les années du terrorisme et
ne sont plus revenues », explique un citoyen. « Nous avons proposé
que cette école se transforme en auberge de jeunes », affirme un
représentant de l’APC. Mais, selon certaines personnes, la Direction
de la culture préconise une maison de jeunes. A l’heure actuelle,
cette école est utilisée pour célébrer les fêtes nationales.
A Guenzet, la prise en charge médicale laisse à désirer. L’unique
polyclinique située au lieu-dit Dar El Hadj, est dépourvue de
moyens. En outre, elle n’est ouverte que dans la journée, et le
vendredi elle est carrément fermée. Alors quand il y a une urgence,
le malade est transporté vers l’hôpital de Bougaâ à 27 km de là. «
Nous avons demandé l’ouverture d’un service d’urgence et la
disponibilité d’un médecin d’astreinte », indique M. Mechkour.
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LE CHÔMAGE,
L’AUTRE VERSANT DE GUENZET
A Guenzet, on essaie de résoudre le problème du chômage par… l’exode
rural. Tous les jeunes ont fui la région pour s’employer dans la
maçonnerie et le commerce informel. Le seul complexe du fil à coudre
de Boufarroudj, d’envergure nationale, qui employait près de 2000
ouvriers ne tourne actuellement qu’avec 500 personnes. Le rouleau
compresseur des licenciements est passé par cette usine et a mis au
chômage la majorité des travailleurs. L’usine de menuiserie,
ébénisterie spécialisée dans le style berbère ouverte en 1974 à Dar
El Hadj est, quant à elle, à l’abandon. « Il semblerait qu’elle ait
été vendue à un privé », affirme un habitant. « Le tapis de Guergour
aux motifs berbères, de renommée mondiale, qu’on exportait vers
plusieurs pays a disparu avec l’usine qui était mal gérée »,
explique Mohamed.
Et comme un malheur n’arrive jamais seul le terrorisme a endeuillé
la région. A la lisière de la commune de Harbil, exactement dans la
région de Bougaâ, au lieu-dit Oued Romana, les maisons et les fermes
désertées par leurs propriétaires sont toujours inoccupées. A
Boumakhlouf, des gardes communaux sont présents, contrairement à
d’autres villages. « Ici, 5 gendarmes et un capitaine ont été tués
», fait remarquer Mohamed, pour dire la vigilance toujours de
rigueur dans ce village.
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BÉNI YALA OU LE
BERCEAU DE L’ISLAMITÉ
Dans cette région berbère, tous les villages perchés sur les
montagnes ont cette particularité : des minarets se dressent en leur
milieu. Il n’y a aucun hameau sans sa mosquée. « A Guenzet, il
existe 22 mosquées. C’est la région qui a alimenté Alger en imams en
1962. Chréa, à 2 km de Tiguert, est le berceau de l’islamité », aime
à répéter Riadh Belaroussi, jeune universitaire.
Les écoles coraniques et les mosquées ont constitué un pôle pour
l’enseignement des sciences de la religion. Elles ont fait émerger
d’éminents exégètes. « L’illustre cheikh Abdelhamid Ben Badis est
venu dans la région », aime-t-on à répéter.
Cette région est également connue par ses sages auxquels l’on fait
appel pour trancher dans des différends d’ordre social, notamment.
L’école Okkari d’enseignement coranique située au village Sidi El
Djoudi, a été construite il y a quatre siècles par cheikh Mohamed
Akli Okkari. On y vient de M’sila, Djelfa, Boussaâda, Jijel, et bien
d’autres régions, pour apprendre. L’école assure deux régimes :
interne pour ceux qui viennent de loin et externe pour les filles et
ceux qui habitent la localité. Les élèves sont totalement pris en
charge en matière d’hébergement et de restauration et bénéficient
même d’une bourse. Mohamed Arab, originaire de Timengache, est un
enseignant qui a étudié pendant une année et demie dans cette école
et ailleurs. Il est devenu, à son tour, enseignant dans cet
établissement coranique. Tandis que l’école « El Qods » à Guenzet
est ouverte aux enfants, nombreux à y étudier. Actuellement, un
froid glacial enveloppe la région mais à l’intérieur des écoles, il
fait bon grâce aux chauffages fonctionnant au mazout.
De notre envoyée spéciale : Djamila Chaouch.
Djamila Chaouch. Horizons du 12 novembre 2007
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