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Des villes ont
gardé des dénominations berbères en Kabylie, ainsi que les noms des
montagnes et des fleuves, mais la colonisation française en a changé
beaucoup.
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l'origine du nom de Guenzet
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l'origine du nom de Hamam Guerguour
Les
dénominations berbères, bien attestées dans l’antiquité, le sont
également au Moyen âge. Lorsqu’ils se sont mis à fonder de nouvelles
cités, les Berbères –rien de plus naturel- vont leur donner des noms
tirés de leur langue.
C’est ainsi
qu’en 935 ou 936, lorsque le prince sanhadjien, Ziri Ibn Menad, a
fondé sa capitale dans le massif du Titteri, il lui a donné le nom
d’Achir, mot provenant de achchir/ ichcher, ‘’ongle’’, sans doute à
cause de la forme du site. Le nom est encore conservé mais sous une
forme arabisée : al Achir ou al Yachir.
Certains noms
kabyles remontent au Moyen âge. C’est le cas du nom de Dellys où il
apparaît sous la forme de Tadlest (on lit aussi dans les sources
arabes : Tadellest, Tadallis), mot provenant du berbère adles,
‘’diss, ampelodesmos tenax, une plante rugueuse’’. Le nom actuel est
la forme arabisée de adles, qui a donné le français Dellys.
Villes et villages ayant changé de noms
Si tout au
long du Moyen âge et des période qui ont suivi, la toponymie
algérienne a peu changé, gardant globalement une origine berbère ou
arabo-berbère, la colonisation française, va la bouleverser, et,
dans certaines régions de fond en comble. Et quand elle ne change
pas un toponyme, elle le francise ou le couple avec un toponyme
d’origine française.
Bgayet (en
arabe dialectal Bjaïa) devient Bougie, mot pris de Bagayet et pris
comme dénomination de la bougie, parce que la cire qui servait à
fabriquer ce produit, provenait justement de la ville qui
l’exportait vers l’Europe. Ce nom allait dominer, tout au long du
Moyen âge et s’imposer avec la colonisation française.
Sur la route
d’Alger à Tizi Ouzou, c’est toute la série des villages coloniaux,
devenus plus tard des villes.
On peut citer
Ménerville, connue des Kabyles sous le nom de Tizi Nat Aïcha, le col
des Nat Aïcha, du nom de la tribu kabyle, qui l’occupait, devenue,
aujourd’hui Thénia, mot signifiant en arabe ‘’col’’.
C’est le cas
de Naciria, qui succède au village colonial de Haussonvillers, créé
par des colons venus de l’Alsace et la Lorraine, occupées par
l’Allemagne, après la guerre de 1870. Les Kabyles l’appelaient
La’zib ‘’ferme, établissement agricole, habitation isolée dans la
campagne’’. On disait aussi La’zib n Za’mun, du nom de la tribu qui
appartenait à la région. Le village a pris, à l’indépendance, le nom
de Si Nacer, un martyr de la guerre de Libération, issue de la
région. Mais beaucoup de gens continuent à l’appeler La’zib, comme
quoi, la toponymie officielle ne recouvre pas forcément la toponymie
traditionnelle.
On citera un
dernier exemple de villes ayant perdu son nom kabyle pour un nom
français : Larba Nath Iraten, à 27 km au sud-est de Tizi Ouzou. La
ville est réputée pour son artisanat, son marché qui se déroule le
mercredi et jusqu’à ces dernières années, par sa grande fête des
cerises, occasion à de grandes réjouissances annuelles. Mais Larbaâ
Nath Iraten est avant tout le symbole de la résistance à la conquête
et à l’oppression coloniales.
Après avoir
repoussé, sous la direction de Fadhma N’soumer les assauts du
Maréchal Randon, l’héroïne kabyle tombe sous le nombre, le 25 mai
1857. Une grande partie de sa population est massacrée, des dizaines
de maisons ont été rasées et, sur la crête la plus élevée est
construit un fort, destiné à surveiller la région. Des remparts,
entourant la ville, seront élevés par la suite. C’est le maréchal
Randon qui a donné au fort, puis à la ville le nom de Fort Napoléon,
en reconnaissance à Napoléon III, empereur des Français, qui a
encouragé et financé la conquête de la Kabylie. Après la chute de
l’empire et l’avènement d’un régime républicain, la ville prend le
nom de Fort National qu’elle va garder jusqu’à l’Indépendance. Le
nom kabyle, Larbaâ Nath Iraten qui signifie : ‘’Marché du mercredi
de la tribu des Nath Iraten’’, lui est donné ensuite. C’était en
effet là, à cet endroit, que l’on se réunissait pour vendre le
bétail, avant la conquête.
Oronyme et hydronyme
Rappelons que
l’oronymie est l’étude des noms de sommets : montagnes, collines,
vallons, plateaux, ainsi que des reliefs plats, comme les plaines,
et l’hydronymie est ou étude des cours d’eau, des ruisseaux, des
sources, des oueds etc.
Les montagnes,
les fleuves ne changent pas de nom. Certains noms semblent attestés
depuis l’antiquité. Pline l’Ancien, dont on cite plusieurs passages
sur l’Atlas, écrit que les populations autochtones appelaient cette
montagne Addiris ou Diris, nom qui évoque irrésistiblement le
berbère adrar ‘’montagne’’, avec peut-être une finale latine en s.
Ce nom pourrait suggérer que Atlas n’était pas autochtone et qu’il
pourrait avoir été donné par les Grecs, le nom indigène étant Diris.
On sait que la
dénomination de la montagne, en berbère, a survécu au Moyen âge et
que l’habitude d’appeler Djebel toute montagne en Algérie, à la
place de adrar est une… habitude française ! En Kabylie et dans les
pays berbérophones, les montagnes sont désignées sous le nom
générique de adrar : Adrar n Djerdjer, Adrar n Ukefadu etc. Les noms
propres de montagnes sont restés. Ainsi, Gouraya, nom de la montagne
surplombant la ville de Béjaïa, célèbre pour porter le mausolée de
la Sainte femme, patronne de la ville, à laquelle la tradition donne
le nom de Yemma Gouraya, Mère Gouraya.
La forme de la
montagne, qui suggère la silhouette d’une femme étendue, a peut-être
justifiée l’appellation, à moins que ce ne soit cette forme qui ait
inspiré la légende de la sainte. Mais Yemma Gouraya n’est pas
seulement une figure de légende puisque des sources historiques
établissent son existence.
Elle est
notamment intervenue en 1512 lors de la tentative de Aroudj de
délivrer Béjaïa du joug des espagnols. Selon la tradition, Yemma
Gouraya, tout comme Lalla Khlidja, vivait en anochrète dans la
montagne.
Elle n’était
pas mariée et se consacrait à la lecture du Coran et à la prière. On
lui prête de nombreux miracles, dont celui de se transformer en
colombe pour échapper à ses ennemis. Yemma Gouraya est appelée
ta’assast n lbeh’er, la gardienne de la mer, parce que, selon la
tradition, elle a arrêté, d’un signe de la main, la mer qui menaçait
d’inonder la ville.
D’après le
Ghazaouet, Arouj, le chef turc et ses frères, qui manquaient de
poudre avaient décidé de se retirer et avaient congédié les
centaines de Kabyles venus de la montagne pour délivrer la ville.
Yemma Gouraya a alors maudit les Espagnols et a prédit leur défaite.
La légende nous apprend encore que Yemma Gouraya était la fille de
sidi Ayad, dont le mausolée se trouve à Tifra (Sidi Aïch), elle
avait trois sœurs : Yemna Yamna, établie à Béjaïa, Yemma Timez’rit,
à Timezrit et Yemma Mezghitan à Jijel.
Une autre
chaîne de montagnes de l’Algérie du Nord, en Kabylie, est le
Djurdjura : elle domine si bien cette région qu’on a pris l’habitude
de désigner celle-ci par Kabylie du Djurdjura, par opposition à la
Petite Kabylie, elle, dominée par le massif de l’Akfadou.
En Kabyle, le
Djurdjura est également appelé Adrar b°dfel, ‘’la montagne de la
neige’’, à cause des quantités abondantes de neige qui y tombent. La
neige dure jusqu’au mois d’août, dans les grottes sont plus
élevées : autrefois, on en ramenait et on l’utilisait comme
rafraîchissement.
Le point
culminant du Djurdjura porte le nom d’une sainte, Lalla Khlija, qui
vivait dans une grotte, et que l’on surnommait Lalla Khlija tu’kift,
la paralytique. Le mont porte aussi le nom de Tamgout n Lalla Khlija,
‘’le pic de Lalla Khlija’’.
Le nom de la
montagne est la déformation arabe, puis française, du kabyle jerjer,
ou Adrar n Jerjer : le nom provient du verbe kabyle jjerjer ‘’être
élevé, être haut, être plein de pierres, en parlant d’une
montagne’’. Il s’agit sans doute d’une formation onomatopéïque, une
forme analogue existant en arabe classique : djarrara ‘’terrain
déprimé couvert de cailloux’’, rapporté à une base jerr ‘’dresser
une grosse pierre, un rocher’’.
La
ressemblance des deux mots, d’origine onomatopéïque, est sans doute
une coïncidence.
La toponymie actuelle de la Kabylie
Nous
continuons ici avec quelques hydronymes et des lieux dont les noms
réfèrent à la situation géographique.
L’Akefadou est
la deuxième chaîne de montagne par laquelle se termine, dans la
direction sud-nord, le Djurdjura. On la considère encore comme une
voie de communication entre la vallée du Sebaou, en Grande Kabylie,
et la vallée de la Soummam, en Petite Kabylie. Mais ces
dénominations de Petite et de Grande Kabylie sont des dénominations
administrative, datant de la colonisation.
Cet étrange
nom, Akefadou, n’a plus de pendant kabyle actuel, mais on peut le
rapprocher du verbe encore vivants, dans certains parlers, ekfad,
employé pour crème de lait qui déborde, autrement dit pour tout ce
qui déborde, comme signe d’abondance. Le nom pourrait signifier ‘’la
montagne des biens abondants’’.
Hydronymes
L’un des plus
grands fleuves de Kabylie est la Sebaou, long de 120 km environ. Il
prend sa source dans la montagne du Djurdjura, près du col de
Tirourda et traverse plusieurs localités avant de se jeter dans la
mer, dans une plage à l’ouest de Dellys.
Dans la
toponymie actuelle, le nom de Sébaou est proche de Seybouse, fleuve
de la région de Annaba, dans lequel on retrouve l’élément Seb- et,
au Maroc, Sebou, cours d’eau qui se jette dans l’Atlantique. En
revanche, un rapprochement avec des oronymes européens, tels Save,
en France, pour justifier implicitement une origine latine de asif,
doit être écartée : le nom courant du fleuve en latin n’est pas
savus mais flumen. Selon une hypothèse récente, le nom de la Sébaou
serait Adyma, nom qui semble avoir une consonance berbère.
Un fleuve de
Kabylie, la Soummam, qui traverse la Kabylie de Bejaïa, a reçu de
nombreuses étymologies : au 19ème siècle, les Français ont voulu
l’attacher à un notable de la région, on lui a donné une origine
arabe, en le faisant venir de semmam ‘’le fleuve aux cailles’’, du
kabyle asemmam ‘’amer’’. En réalité, on ignore l’origine de ce mot,
dans lequel on reconnaît, cependant, le mot amam’’eau’’.
Un autre
fleuve de Kabylie est l’Isser qui a donné son nom à la localité qui
le traverse. à 64 kilomètres à l’est d’Alger, sur la route d’Alger à
Tizi Ouzou. L’oued Yesser traverse l’oued Djemaa, tourne au nord
pour se jeter dans la mer. Dans l’antiquité l’oued était appelé Usar,
nom qui semble phonétiquement proche du nom actuel. Il faut signaler
que l’oued Isser, affluent de la Tafna, en Oranie, portait, dans
l’antiquité un nom proche : Isaris. Usaris, Isaris et Isser
proviennent probablement d’une racine berbère SRY, illustrée par
plusieurs mots, relevés dans différents dialectes : esri " faire
courir, laisser galoper un cheval , p. ext. pratiquer la liberté de
mœurs (homme ou femme) " sesri " faire courir " tasarayt, pl.
tiserayîn " fait de courir, galop , temps " asri, pl. asriwen "
liberté de mœurs, actes de liberté de mœurs " amesru, pl. imesra "
homme qui pratique la liberté de mœurs " fém. tamesrayt, pl. timesra ;
iseriyen, " animaux passant loin du campement " (Touareg) amsari "
course à cheval, équitation " (Ouargla) srirrey " agir vite, faire
vite, être rapide et efficace " asrirrey " fait d’agir vite,
dénouement rapide et heureux " (Maroc Central) isrir " être dégagé
(ciel) , être libre (local) " (Kabyle).
Le nom de la
vallée et du cours d’eau qui la traverse, Ighzar, a fourni plusieurs
exemples de toponymes, dont Ighzer Amokrane ‘(‘la grande Vallée, le
grand ruisseau’’).
Villes et villages
De nombreux
villages portent le nom de ‘’village’’, taddart, en Kabyle, avec
parfois une spécification : Taddart Ufella, le Village du Haut, et
Taddart Bbwadda, le Village du Bas.
Le nom de la
ville, disparu du kabyle, est conservé par la toponyme. Ainsi, on
peut citer Ighram, localité de Petite Kabylie, sur la rive gauche de
la Soummam, non loin d’Akbou. C’est même l’une des rares
attestations en Kabylie ighram, attesté dans d’autres dialectes. Le
sens général du mot est agglomération et se retrouve en touareg :
ighrem ‘’ville, bourg, village’’, taghremt " petit village, petit
château’’, en néfousi, aghrem, ‘’ville’’en mozabite, aghrem, " cité,
ville, ville entourée de remparts, village’’, en zenagi, dialecte de
Mauritanie, irmi ‘’village, agglomération sédentaire’’. Dans les
parlers du Maroc central dans le groupe tamazi$t, ighrem a le sens
de ‘’village, village fortifié’’ et de ‘’magasin à grain’’, le
diminutif tighremt a le sens de ‘’maison fortifiée’’, ce sens se
retrouve également en tachelhit : igh$remt, ‘’maison fortifiée,
maison pourvue de tours’’, et le masculin igherm a plusieurs sens
secondaires : ‘’mur de soutènement d’une culture, ruines d’une
habitation, etc.
Des
qualificatifs suivent parfois le nom du village ou de la ville.
Ainsi, par exemple, Tamokra, village de la région d’Akbou, au
sud-est de Béjaïa, connu, dans toute la Kabylie pour sa zaouia et sa
station thermale, tous les deux portant le nom de Sidi Yahya Al
Aïdli. Tamokra est l’abréviation de Tamoqrant, c'est-à-dire Taddart
Tamoqrant, ‘’le grand village, le gros bourg’’.
Dénominations géographiques
On sait que
dans de nombreuses langues, la toponymie, pour traduire le relief,
utilise les parties du corps humain. Ainsi, en kabyle iglil ‘’le
bras’’ (colline, monticule), ixef ‘’la tête’’ (pour la montagne),
aarur ‘’dos’’ etc.
Dans la
catégorie des Ighil, on peut citer Ighil Ali, village de Kabylie, à
20 km au sud d’Akbou, dans la tribu des Aït Abbas, sur le versant
nord de la chaîne des Bibans. Ici, Ighil est déterminé par un nom
propre d’homme, Ali, dont on ignore l’origine.
C’est le cas
également d’Ighil Ouantar, village de Kabylie, à quelques kilomètres
au nord de Seddouk. Le village est célèbre par ses salines,
Tamallah’t en kabyle, exploitées depuis les temps immémoriaux par
les populations locales.
Ighil Ouantar
signifie La colline de Antar, où antar est un nom propre d’origine
arabe signifiant ‘’fort, preux’’.
Le mot ighil
est parfois couplé à un mot kabyle : par exemple Ighil Bbammas, chez
les Aït Menguelat.
Ifri est la
dénomination de plusieurs villages, de grottes et de lieu-dits en
Algérie et au Maghreb. L’Ifri le plus célèbre, en Algérie, est le
village situé sur le versant ouest de la Soummam, dans la wilaya de
Béjaïa et où s’est déroulé, le 20 Août 1956, le congrès dit de la
Soummam, qui a réuni les responsables du FLN et qui a pris des
décisions politiques importantes sur l’avenir de la Révolution. Le
village, qui relève de la tribu kabyle des Ouzellagen (d’où le nom
souvent donné au village, Ifri-Ouzellagen, pour le distinguer
d’autres Ifri) est aujourd’hui transformé en musée de la Révolution.
Le mot ifri provient d’une racine berbère, FRW, qui a fourni un
verbe, afer, ‘’creuser’’, aujourd’hui attesté uniquement dans le
parler berbère de Qalat Sned, en Tunisie, et des dérivés divers ,
tafrawt, pluriel tifrawit ‘’trou’’, dans le même parler, tafrawt,
pluriel tifrawin, ‘’auge’’ en touareg, tafrawt, pluriel tiferwin, ‘’
cuve du moulin à huile dans laquelle on triture les olives’’ , au
Djebel Nefoussa, ‘’bassin de réception d’un puits’’, en chleuh, et
surtout ifri, pluriel ifran, ‘’grotte, trou, rocher esacarpé, abri
sous roche (Djebel Nefoussa, Maroc central, chleuh, kabyle, chaoui
etc.).
Un autre
lieudit, Ifrène, à quelque km au nord-est de Toudja où se trouvent
les vestiges de l’aqueduc romain qui, sur une vingtaine de
kilomètres, portait l’eau à la ville de Saldae (Béjaïa).
Au niveau du
col d’el Hanaïat, on peut voir encore les restes des piliers qui le
portaient et qui atteignaient 15 m. Près du village d’el Habel,
l’aqueduc passe sous un tunnel de 500 m de long. D’après les
sources, c’est le vétéran Nonius Datus, de la troisième légion, qui
a dirigé les travaux de creusement. Ifrène est le pluriel de ifri
‘’grotte’’ (voir Ifri). Le col, appelé tizi en kabyle, a fourni Tizi
Ouzou, sur laquelle nous reviendrons à propos de la botanique. Le
toponyme est très courant en Kabylie et se retrouve même dans
d’autres régions berbérophones.
Le nom de la
‘’source’’ est tala, également répandu en Kabylie. Si Tit, autre nom
berbère de la source est absent en Kabylie, on rencontre, mais
rarement Aghbalu, l’une des montagnes surplombant Toudja, dans la
région de Béjaïa.
La toponymie actuelle de la Kabylie
Altitude,
flore et végétation se retrouvent largement dans la toponymie
kabylie.
L’altitude se
retrouve dans des mots comme tizi et surtout adrar. On la retrouve
également dans des mots sortis de l’usage aujourd’hui. Ainsi, Toudja,
village à 22 km à l’ouest de Béjaïa, construit autour d’une
résurgence de rivière souterraine qui alimente de luxuriants
jardins, où poussent toutes sortes de fruits savoureux. Toudja se
rattache sans doute au verbe berbère référant à l’altitude : adjdj
‘’être au-dessus de, p. ext. veiller, regarder de haut’’ d’où iggi
‘’lieu élevé’’(touareg), jjaj ‘’se pencher pour voir, épier’’ (ouargli),
agg ‘’voir d’un lieu élevé un endroit placé plus bas’’ d’où uggug
‘’barrage, digue’’ (Maroc central), sidjdj ‘’regarder d’en haut’’
(rifain) etc. Le kabyle n’a pas conservé le verbe mais en dérive la
particule nnig ‘’au-dessus de’’. Le toponyme réfère à la position du
village.
Le bourrelet
s’appelle iâkouren en kabyle. On peut citer comme exemple de lieu,
Yakouren, forêt et village se trouve à 800 mètres d’altitude : c’est
un relais de chasse très connu et un lieu d’excursion, autrefois
très fréquenté par les touristes. Yakourène est la déformation du
kabyle i’akuren, au propre ‘’bourrelet, aspérité, et par extension,
tout ce qui dépasse, qui peut gêner’’, dans le vocabulaire
géographique, a’ekkur est une élévation de terrain, bourrelet et
colline. Le mot dérive du verbe ‘ekker, ‘ukker ‘’ être en bourrelet,
par extension être difficile’’.
Parmi les localités kabyles connues, citons
Guenzet, à 10 km au nord de Zemmoura, dans la région de Bordj Bou
Arréridj, dans ce que l’on appelle la Kabylie orientale. Longtemps
centre de la grande tribu kabyle des Ath Ya’ala, Guenzet est
entourée de nombreux villages dont certains comportent de vieilles
mosquées. Au 19ième siècle, et bien qu’il n’y ait aucun vestige de
ruines, le Français Charrette l’a identifiée avec l’antique
Equizetum, station romaine sur la route de Setifis (Sétif).
Il est vrai que le nom est phonétiquement proche de Guenzet mais
cette étymologie a été depuis rejetée. le nom de guenzet est la
forme arabisée de tagenza, l’une des variantes du berbère tawenza,
au propre, ‘’front’’, dans la toponymie, flanc de montagne, barrière
montagneuse
Tigzirt,
station balnéaire et petit port de pêche de la Kabylie maritime, à
125 km à l’est d’Alger. Le site a été occupé depuis la préhistoire
et, aux temps historiques on pense que tigzirt doit son nom à l’ilôt
qui se trouve à quelques dizaines de mètres de l’ancien port, en
kabyle, tigzirt. Comme le mot est isolé en berbère, on songe à une
origine arabe, djazira, mais le mot peut aussi provenir du
phénicien, le site ayant été occupé par les Carthaginois, langue
proche de l’arabe, ou alors appartenir à un fonds commun aux langues
chamito-sémitiques.
Hammam Guergour est une localité à 110
km de Béjaïa, sur l’oued Bousellam, un affluent de la Soumam, à la
sortie des gorges de Guergour. Hammam Guergour est surtout connu
pour sa station thermale. Le nom est berbère : il provient de
akerkur, kerkur, arabisé en gergur, au propre ‘’pierre placée pour
délimiter une frontière, tas de pierres commémorant un événement’’
Flore et végétation
Nous n’allons
pas aborder ici tous les noms afférant à la flore : ainsi, les
Boumlal (‘’marguerite’’), Boudafel (‘’Lierre ‘’) etc. sont nombreux
dans toute la Kabylie. Par contre, nous allons citer quelques noms
qui se sont rendus célèbres dans le passé.
On peut citer,
parmi les sites préhistoriques de la Kabylie, Draâ Zeboudja,
lieudit, dans la région de Bordj Ménaïel. Une aire de cuisson des
poteries, remontant à la protohistoire y a été découverte. A 1,5 km
de ce lieu se trouve une aire de cuisson entourée de murs
semi-circulaires, en pierres sèches, qui s’enfoncent dans le sol,
soit pour alimenter les foyers, soit pour permettre la circulation
de l’air. Selon les spécialistes, cette aire a pu fonctionner comme
centre de cuisson de poterie. Le nom de Draaâ Zeboudja est un
composé arabo-berbère, formé de draâ ‘’bras’’, et zeboudja/
tazebbujt ‘’oléastre ou olovier sauvage.
Tarihant est
un village de la commune de Boudjima, dans la wilaya de Tizi Ouzou
(130 km, à l’est d’Alger). Le village se trouve non loin d’un site
préhistorique, notamment des gravures rupestres, aux lieux-dits
Azrou Imedyazen (‘’Rocher des poètes), Azrou Uzaghar (Rocher de la
plaine) Garuna etc. Tarihant est la berbérisation de l’arabe al
rayêan ‘’basilic’’.
Comme nom
référant à la végétation, on peut citer un quartier dans la banlieue
est d’Alger, appelée par les Français Maison Carrée, par référence
au bordj turc qui s’y trouvait sur une rive du fleuve et qui
s’appelait Bordj al Qantara, forteresse du pont, ou bordj al Agha,
forteresse de l’agha, et construit en 1724. Les Français ont occupé
le bordj dès 1830, après la conquête d’Alger.
Le mot “al
Ëarrac” vient de l’arabe “êirâsh”, pl. aêrash ‘’forêt, bois’’, ici,
‘’lieu boisé, lieu avec végétation touffue’’. On le retrouve en
kabyle sous la forme taêaôact, pluriel tiêaôacin, avec les mêmes
significations. Taêeract et tiêaôôacin se retrouvent dans la
toponymie kabyle (par exemple tiêaôôacin, zone industrielle dans la
région d’Akbou).
Autre nom
redevable à une plante : Feraoun, commune à 50 km au sud-est de
Béjaïa. La région est connue depuis les temps immémoriaux par sa
production de sel, aujourd’hui encore assurée, quoi qu’en quantité
moindre par les villages d’Imallahènes, littéralement ‘’les
producteurs de sel’’. Selon la légende, c’est un saint de la région,
Sidi Ahmed A’adnan, dont un village, I’adnanen, porte le nom, qui,
d’un coup de canne, a fait monter d’une source le sel. En réalité
c’est la chaleur du soleil qui fait remonter, de la saline le sel.
Si le nom d’Imellahène a bien été inspiré par le sel, celui de
Feraoun, le chef-lieu de la commune, lui, a été fourni par la flore
locale : Féraoun, un des noms kabyles du coquelicot. …
On connaît
l’étymologie de Tizi Ouzou, dont le nom signifie ‘’le col des
genêts’’, en raison du passage, large de 3 km, par lequel on peut
contourner les gorges du Sébaou.. Le genêt, cet arbrisseau épineux à
fleurs jaunes, était autrefois très abondant dans la région.
Aujourd’hui, il est devenu rare, les terrains ayant été défrichés
pour la construction. Signalons qu’au sud-est de la ville, un lieu
dit porte le nom d’El Guendoul, gendul étant la dénomination en
arabe dialectal du genêt.
Tadmaït est
une localité sur la route de Tizi Ouzou, à 86 km d’Alger, sur la
rive gauche de l’oued Sébaou. La ville actuelle a été créée par les
Français, qui lui avaient donné le nom de Camp-du-Maréchal par
référence à la conquête de l’Algérie et qui l’avaient peuplée de
colons alsaciens qui avaient fui leur pays après son annexion par
l’Allemagne en 1870. Le nom kabyle signifie ‘’palmier nain’’, arbre
autrefois abondant dans la région.
La faune
Ifira est une
grotte située entre les villages d’Aourir et d’Ifigha, dans la
wilaya de Tizi Ouzou, sur le versant ouest de la montagne d’Aourir.
La grotte, qui contient une inscription libyque, a été signalée en
1909 par S. Boulifa, puis décrite la même année par R. Basset. Le
nom d’Ifira ressemble à celui d’Ifigha, le village situé non loin de
la grotte, celle-ci étant souvent appelée Grotte d’Ifigha, mais les
deux noms doivent être distingués. Ifigha signifie ‘’serpents’’,
terme inusité en kabyle, mais conservé dans d’autres dialectes
berbères, Ifira est l’un des pluriels attestés de ifri ‘’grotte,
caverne’’, l’autre forme étant ifran (voir Ifri*).
M’chedallah,
ville à 42 km à l’est de Bouira, à une altitude de 450 m. La ville
actuelle a été construite en 1882 par les Français qui lui ont donné
le nom de Maillot. Le nom de M’chedallah, en kabyle, imchedellen,
provient du nom d’une fourmi rouge à gros yeux, amceddal, pluriel
imchedallen, qui a dû être abondante dans la région.
Koudiat
Aserdoun est un barrage qui sera, à son achèvement le deuxième
d’Algérie. Il est implanté sur l’oued Yesser, dans la commune de
Maâla, au sud de Lakhdariaé, à 35 km de Bouira. Les travaux, confiés
en 1993 à une entreprises italienne, devaient être achevés en 1998,
mais le terrorisme les a stoppés et ils n’ont repris qu’en 1999. Les
intempéries ainsi que tremblement de terre du 21 mai 2003, qui ont
provoqué un glissement de terrain les retardent de nouveau. Des
travaux d’aménagement sont entrepris pour prévenir d’autres
glissements.
L’ouvrage, une
fois achevé pourra alors alimenter en eau potable et en eau
d’irrigation plusieurs wilayas : Alger, Bouira, Tizi Ouzou, Djelfa,
Msila, la ville de Boughzoul (Médéa) la Mitidja-Est et( la zone des
Issers. Le nom du barrage, Koudiat asedoun, est un composé de
l’arabe kudia, kudiat, ‘’ gros rocher, par extension, colline
rocheuse’’ et du berbère aserdun ‘’mulet’’, autrement dit, ‘’le
rocher, la colline du mulet’’
S. Aït Larba. La Dépèche de la Kabylie
du 27 février 2008
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