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Rezkane Hocine


UN HOMME, UN COMBAT, UN VILLAGE


«Soit juste envers les autres et si un jour tu deviens riche, n’oublie pas que ne l’as pas été; et si tes paroles peuvent changer quelque chose dans le bon sens dit les, même si elles sont contre tes intérêts, Autrement, gardes les et ne crée pas la discorde.» Hocine Awaghlis (REZGANE HOCINE)
   

El Hadj Hocine Awaghlis et son  gendre Lahcen Raghis

 

REZKANE HOCINE
Né en 1897
Décédé le 06/06/1982

 

Ecrire sur son père : Ce n’est pas facile. Par où commencer et que dire ?  Parler de toute une vie ou seulement de ce que l’on se souvient ? Mais il faut le faire ne serait ce que pour lui rendre hommage.


Hocine Awaghlis ou REZGANE HOCINE,  selon l’état civil, est né présumé en 1897 à Tiguert N’Drar, descendant d’une famille de Pieux (Imrabten), Djedna Ali Awaghis était vénéré il y a pas si longtemps que cela et sa Koba se trouve encore à Sidi Hia où les femmes allaient allumer des cierges lui demander d’exhausser leurs vœux, dans ce paisible village de Kabylie, dans les montagnes d’Ath Yala où il a vécu toute son enfance sans connaître  la chance d’aller à l’école mais doter d’une vision  sage qui lui permettait de devancer les problèmes.


Tenace et laborieux, toujours sans fatigue, transportant tout sur ses  larges épaules il a travaillé la terre de ses ancêtres du village jusqu’à son adolescence.
Paraissant plus âgé, il fut incorporé à 17 ans  en qualité d’artilleur au sein du contingent de l’armée française en 1917 pour aller combattre l’Allemagne durant la 1ère Guerre mondiale. Cette déportation il l’a vécue au front dans l’horreur de la guerre des tranchées. Il ne sera libéré qu’en 1921 avec une invalidité de surdité due aux tirs des cannons.


Dès son retour il se marie avec KASSOUR Zineb et reprend le travail des terres. Le village de Tiguert N’Drar était encore à l’état primaire. L’eau, les femmes descendaient  jusqu’à Tala N’Wada et remontaient avec « Tachiboute »(ourte) sur le dos. Elles arrivaient à la maison épuisées. C’est pour cela que les villageois, avec l’aide de la commune, entreprirent de ramener l’eau de la source de Tala N’Talba  jusqu’au village. Pour ce faire il fallait de la main d’œuvre  forte et Hocine Awaghlis fut de ceux là. Zi El Hachemi Ibeliden raconte qu’ « il creusait des tranchées plus haut que lui de deux mètres. Du fond du trou, il tendait sa pelle pour avoir le niveau de la profondeur. »
Les années passèrent calmement au début, mais au fil des années il commençait à ressentir l’obligation de faire mieux surtout après la naissance de ses quatre enfants, Saïd, Aïacha, Zohra et Saliha.
C’est durant  l’été de  1942, prenant conscience qu’il fallait réagir à cette misère, qu’il prit la décision de rejoindre la Capitale Alger afin d’y trouver un emploi rémunéré qui lui permettrait de subvenir dans le mieux aux besoins de sa famille.
N’ayant pas les moyens, il fit le voyage à pied en compagnie d’autres villageois qui fuirent comme lui leurs tourments. Ils mirent quatre jours pour rejoindre Alger et  chacun s’installa chez  un membre de sa famille. Hocine Awaghlis lui, s’installa chez son beau frère à Clos Salembier. Après quelques mois, il décroche son premier emploi d’ouvrier au sein d’une usine de production de caoutchouc à Hussein Dey : C’était en 1943. De suite il trouve un logement et entreprend de faire venir toute sa famille pour s’installer à Leveilley où il eu encore ces deux   enfants : Abdelyazid et Rabah.


La Guerre mondiale se déclenche avec elle la misère grandissante. Plusieurs fois il fit le voyage jusqu’au Thamouth à pied. Il passait par Bougie (Béjaia) pour se ravitailler au niveau des camps militaires.
Ne pouvant se résigner, sa fierté grandissante, réalisant qu’il pouvait franchir de l’autre côté de la Méditerranée, considérant que d’autres du village l’avaient fait, il prit son courage à deux mains et décide d’émigrer en France en 1948. Sans instruction mais faisant confiance à sa bonne étoile et sa conscience d’homme pieux, il débarque à Paris pour commencer une nouvelle vie de « Zoufri ».
Là,  au début, il découvre la vie de prolétaire dans  des chantiers du bâtiment, puis comme  graisseur d’ascenseurs  et enfin d’ouvrier. Il y découvre le syndicalisme et les tendances politiques et adhère au Parti du Peuple Algériens.
Sous l’impulsion d’autres villageois de TND, et plus particulièrement les TERAÏ, en 1950 il s’installe à La Talaudière une petite commune à 7 kilomètres de Saint Etienne. Là il se stabilise avec un emploi dans les Etablissements des Forges Stéphanoises. En 1952 il  décide de regrouper toute sa famille autour de lui et les fait venir par vagues.
Dans ce petit village du charbon, la majorité était une population d’émigrés venus d’Europe centrale ou de l’Est ayant fuit eux de même la misère d’après guerre. Très écouté et respecté de tous, fervent  nationaliste,  il inculque   l’idée d’indépendance à tous les jeunes algériens, notamment ceux de sa région natale.
Il travaillait à Saint Etienne et chaque jour très tôt le matin il prenait son vélo pour rejoindre son poste. A son retour le soir quand il faisait froid, ses grosses moustaches étaient toutes mouillées à cause du givre.


C’était un Homme très calme et très juste. Ni fumeur ni buveur il s’occupait de sa famille comme il le pouvait et économisait pour le retour en Algérie. Ce pays que je ne connaissais pas, il en parlait avec tant de tendresse comme un amoureux parle à sa bien aimée et ce malgré la misère qu’il y avait enduré. Il cachait son militantisme mais nous chantait en kabyle un air dont je n’ai retenu  que :
A KERT A ILEMZIEN                                              O JEUNES LEVEZ VOUS
ATS N’AGHEM FETEMOURT E NOUEN             POUR VOUS BATTRE POUR VOTRE PAYS
FE LAALAM E NOUEN                                          POUR VOTRE DRAPEAU
DE NIF E NOUEN                                               POUR VOTRE HONNEUR…
 

Bien que la Guerre d’Algérie éclata en 1954, dans ce village, nos relations avec les français étaient aussi poussées que possible et ne remettaient aucunement en cause nos appartenances car elles étaient partagées, chacun aidant son prochain sans le jalouser. Nos existences étaient si simples, basées sur le respect d’autrui, chacun acceptant sa place, si proche les uns des autres, ressentant ensemble ce qui arrivait à l’un d’entre nous.
Hocine Awaghlis  se mis un peu à l’écart de la politique mais restait acquit à la cause de l’indépendance de l’Algérie. Toujours apprécié, il est sollicité  pour des actions de solidarité, répondant toujours aux appels des manifestations, aux contributions des cotisations en faveur de la révolution. En 1961, quelques jours avant l’Aïd El Adha, il prit un grand couteau pour l’aiguiser au travail. Malheureusement pour lui, le contremaître qui le surveillait le surpris à la pause déjeuner et lui dit : « je vous prends en flagrant délit, vous fabriquez des armes pour les fellagas maintenant !   Vous voulez nous égorger !    Vous êtes virés. »
Il avait beau essayer de lui expliquer que s’était pour le sacrifice du mouton, mais rien à faire.


En 1962 il participa à l’installation d’un bureau de vote pour l’indépendance au sein même de notre immeuble. A la proclamation de l’indépendance, il  est retraité et revient à Alger, achète une maison avec ses économies de dure labeur.
Décidé, il recommence un va et vient incessant pour refaire vivre des terres et retaper sa maison de Tiguert N’Drar. Son travail  sera récompensé, les champs labouré, les oliviers de Tazarine regorgeaient d’olives, les jardins d’El Annasser, Aouli, Taghouzine n’Talba et Atelli ressemblaient aux jardins d’Eden par leur abondance en fruits et légumes. Il consacra le restant de ses jours au bled et contribua, aussi bien  à la construction de la nouvelle mosquée du village que de la fondation de l’association de bienfaisance. Il était pourvoyeur de fonds et travailleur volontaire et acquis l’estime de tous les villageois, d’autant plus qu’il était grand chasseur et à chaque fois qu’un sanglier saccageait un jardin c’est à Hocine Awaghlis que l’on faisait appel pour s’en débarrasser.Je le revois avec notre chien Epagneul nommé Dick et son fusil partir la nuit pour irriguer nos jardins ou les jours de grande chaleur, assis dans notre cour à fabriquer didnyène, cette planche qui sert à faire sécher les figues, faite d’osier sauvage(Izekti).


Au fil des années, il tomba malade en 1980 et ce Grand Homme, fatigué, rendit l’âme le 06 juin 1982 à l’âge de 85 ans.
Toute sa famille honore son combat, ses souffrances ainsi que tout son sacrifice pour le village de ses ancêtres. Père, tu mérites grandement que tu sois habillé de ton burnous blanc enfourchant un étalon sauvage blanc et galoper dans les vastes prairies que Dieu le Tout Puissant a fait dans Son Vaste Paradis.
Nous garderons un souvenir impérissable de ta gentillesse, de ton honnêteté et croit en nous pour que nous soyons inculqués de ton Esprit.
A Dieu nous appartenons à Lui nous retournons.


Que tous ceux qui l’ont connu puissent avoir en lisant ces pages un moment de méditation et faire une prière en sa mémoire.


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Crédits

Rédaction : Rabah Rezkane

Photos : Rabah Rezkane

Publication : 24 décembre 2009

 

Remerciements chaleureux à Rabah Rezkane pour ce potrait d'un personnage historique qu'est son père et pour sa contribution à tnd.com

 

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